samedi 14 janvier 2012

PRESENTATION DES BRUTS DE CUVE 2011/FINALE

JEUDI .
Exercice plus périlleux, qui est aux vins ce que sont les défilés à la mode ou presque. La 1° dégustation des vins par un client potentiel, ou un prescripteur, en l'occurrence un agent pour un important pays étranger. Disons qu'il peut vendre facilement 100.000 bouteilles de Mattes par an, ou zéro..

Certes, le vigneron redoute le jugement, mais il veut aussi le connaitre..c'est important pour orienter ses mises en bouteille, son travail, et aussi voir les directions qu'il doit suivre. L'agent est concerné aussi, car il sait quels vins ou producteurs il pourra pousser. Mattes est le 3° à être dégusté par l'agent pour la récolte 2011, après un chateauneuf du pape et un Baux de Provence.

Le Cabernet, d'abord, qui est jugé un peu minéral. Pour moi, il est fabuleux, pour lui il est encore trop tôt, mais dans deux ans...ah, mais je juge le bébé en devenir..oui, sans doute le meilleur cabernet produit à Mattes, très complexe, et surtout différent de ce qu'on voit sur le marché, monocolore.
Les syrahs C24 C11 C9. Celle ci lui goûte un compliment rare, sinon inatttendu : celle ci, bien des vignerons de la Cote Rotie seraient contents de l'avoir...Pour moi qui ne m'offre plus des vins de ce type ( disons 120 € le magnum pour citer un niveau), la cuve 9 est bien supérieure.
Mais pour son marché, il préfère la cuve 11, plus mûre, plus réglissée, plus simple, mais dans la ligne de nos millésimes précédents en Clos Redon.
Quant aux grenaches, ils sont jugés meilleurs que ceux  qu'il a goûtés par ailleurs, plus complexes, plus riches..bref, il confirme ce que je pensais, à savoir que Mattes a su produire des vins assez exceptionnels dans ce millésime difficile.
Nous verrons bien sûr si le temps confirme ses jugements.
En attendant, nous goutons les vins à venir, DIONYSOS 2010, et autres. Ouf, le défilé se termine par une découverte assez étonnante, à savoir que les DIONYSOS constituent une alliance remarquable et insoupconnée jusqu'à ce jour avec la vraie cuisine gastronomique chinoise,

et cela me donne l'occasion de recommander un restaurant au moins à la hauteur d'un étoilé français, plus meme, pour un prix plus que convenable, sinon incroyable de 16 € par personne pour un repas entrée et deux plats.

YING et YANG
8 RUE ARISTIDE BRUANT
PARIS (c'est dans Montmartre, pas très loin de la rue lepic et rue des abesses)

01.42.64.85.81
pas de fermeture pour l'instant


DEUXIEME DEGUSTATION BRUTS DE CUVE 2011

12 janvier 2012, deuxième dégustation des bruts de cuve 2011, avec un agent étranger.


Il est important de connaitre la réaction des agents, leurs commentaires face à vos nouveaux vins. D'abord, cela donne une idée de leur satisfaction ou de leurs réserves, ensuite, suivant leur réception, voir leurs orientations soit d'assemblage soit de commercialisation. Eux ont en tête les vins des concurrents, et donc ils jaugent, comparent, soupèsent, et finalement se prononcent, implicitement ou non.

Le cabernet lui paraît végétal, ce qui n'est pas mon avis. Au bout d'une heure, ce vin est parfait, excellent. il me fait valoir à juste titre qu'il sera encore mieux dans deux ans. Certes, mais nous sommes là pour juger des potentialités de ce bébé !! oui, il est beau. M. X vend quand même 60.000 bouteilles de cabernet bon an mal an..

Nous sommes le 3° domaine de son portefeuille qu'il goûte, apres un chateauneuf, et un baux de provence, plus tôt. Cette année, il juge les présentations en retard (oui, c'est comme la mode, nous défilons). Non, le célébre Parker ne s'est pas encore prononcé sur la qualité des 2011, sans doute inégale, vu le climat dans quelques régions.

Mais il juge Mattes, pour cette récolte, le meilleur des 3, notamment la qualité des grenaches. Nous passons aux syrahs, car son avis est fondamental.
Cuve 24, Cuve 11, cuve 9...
Pour celle ci, son commentaire : "beaucoup de vignerons de la cote rotie seraient contents de l'avoir".. C'est celle que je juge aussi la meilleure. Mais compte tenu du profil de son marché, il préfère la 11, plus réglissée, plus prête aussi..
SYRAH 2011, 2010, 2009, 2008...on voit la progression vers plus de fruits, de complexité, de finesse, d'élégance, bref un niveau supérieur, venant sans doute des nouvelles plantations.
DIONYSOS 2010, brut de cuve, 2009...
nous découvrons avec bonheur qu'ils conviennent très bien à une cuisine chinoise sophistiquée et tres bonne, excellente même,
qu'il faut encourager ( 21 € par personne, pour un repas digne d'un étoilé français !)

mardi 10 janvier 2012

DEGUSTATION BRUTS DE CUVE RECOLTE 2011


C'est à partir du 1° janvier, que sur une dizaine de jours j'ai gouté, souvent plusieurs fois, les cuves de la récolte 2011.

Rappelons d'abord le climat un peu déroutant de cette année 2011. Pluies et chaleurs au printemps, jusqu'a fin juin. Ensuite juillet plutot froid dans toutes régions. Le thermomètre ne dépassa rarement 22°C à Mattes en juillet. Août fut chaud dans le sud, mais sans excès habituel. Le Languedoc reçut de l'eau, mais pas Mattes. Quant à septembre, il fut variable (avec un froid autour du 14), mais en général très beau, et chaud et ensoleillé, pour les vignerons qui pouvaient attendre..car le climat variable, plutot frais et humide favorisait la pourriture, et donc un mauvais état sanitaire, si les précautions n'avaient pas été prises..

Bref, année un peu déroutante, favorable apparemment aux cépages "nordiques", aimant le frais, ou à la maturité tardive, et à condition que l'état sanitaire ait été préservé, et que la maturité ait pu être attendue.

Toutes ces conditions ont pu être réunies à Mattes en 2011. L'abondance de la récolte laissait présager des vins clairs et dilués, voire faibles. Ce n'est pas le cas. Un vrai miracle thérésien.

Seule déception, peut être par comparaison, les blancs paraissent moins intéressants, bien que leurs vendanges les ait laissés entrevoir assez uniques. Ils sont bien, mais pas du domaine de l'exceptionnel. Par contre, dans les rouges, les syrahs notamment approchent voire pénétrent l'exceptionnel. Charnues, fruitées, douces en bouche, glissantes, nuancées, fines, complexes, longues en bouche, élégantes pour la 9 et la 11, elles sont noires, fraîches et délicates. Vraiment pour moi je pense les meilleures syrahs depuis 1985.

Le mourvèdre est lui aussi dans sa note. Les carignans ont aussi donné de bons produits. Les grenaches, cépages du soleil, sont plus déroutants, alors que les cabernets sont assez admirables, tout en n'étant pas surmuris.

Les vins paraissent meilleurs seuls qu'assemblés, mais il est encore trop tôt. Mais une année comme cellle ci confirme une fois de plus l'intérêt pour Mattes d'avoir des cépages variés et complémentaires, et surtout différents du carignan, assez monocolore. Les vins paraissent se suffire à eeux memes !! par contre, je pense que les conditions météo locales ont été assez spéciales, et qu'il est difficile de généraliser à l'ensemble du Languedoc, et encore moins du Sud de la France..Mais cette récolte m'aura paru à plus d'un égard miraculeuse, et spéciale, et par sa qualité très rare, fruitée certes, mais riche aussi, et la réponse des différents cépages.


mercredi 30 novembre 2011

CLOS DU MOULIN 2003 - dégustation du 30 novembre 2011

Bouteille donc de 8 ans, conservée à Paris, dans une cave moyenne, sans précaution particulière.
La couleur n'a pas évolué, elle est assez stable. Le nez est complexe, sans être violent, avec des impressions de fleurs d'acacia, de sureau. L'attaque est bonne, le vin encore vif et présent, sans le caractére de vin passé, ou imbuvable, pas du tout, une belle fraîcheur, qui permet d'envisager une conservation sur au moins encore 6 ans. La bouche a évolué comme les rolles de M. GAVOTY. Ce fut donc une belle école. Oui, fleur d'acacia, de sureau, donc des aromes ternaires très intéressants, avec une longueur en bouche moyenne, mais satisfaisante.
Note 18,5/20

jeudi 24 novembre 2011

BF The Best Friend (comme le diamant pour MM, Marilyn Monroe).

Hier, 23 novembre 2011, après une journée chargée, nous avons voulu goûter un des nouveaux vins de Mattes, le BF.
Millésime 2008. C'est un vin de table. Dirait il comme le Sire de Coucy "Roi ne puis, prince ne daigne, je suis sire de Coucy"...romanée ne puis, corbieres ne daigne, je suis BF".

C'est un assemblage que j'ai voulu proche d'un vin que j'avais beaucoup admiré, ou aimé, un vin de Ste Roseline dans le var, assemblage de cabernet, mourvèdre, et syrah...Mais à Mattes, pour des raisons inconnues, l'assemblage ne me plaisait pas, et nous avions fait du BB, issu du seul cabernet, et de mourvèdre.

Ce BB a été mis en barriques, en partie, ainsi que du cabernet seul, et de la syrah seule. Fin juin, au moment des assemblages barriques, nous avons vu que nous pouvions faire trois vins tres différents, à savoir le Chevreuse habituel, un Apollon, issu de pure syrah, et ce BF, fruit du hasard et de la volonté.

Comment définir ce BF ? il est très différent du BB, mais aussi des autres vins de Mattes. Pour simplifier, il serait tres Bordelais, et de la race des Grands Crus Classés, s'il n'était issu du seul Languedoc.

Dans le verre, il apparait rouge rubis sombre, dense, foncé. Au nez, il révèle des notes nettes et fortes de vin mûr et frais. Son attaque est franche, puissante, la bouche est structurée, délicate, nette,presque féminine  avec un rien d'austérité, c'est un vin "protestant" taiseux, qui n'aimerait pas les familiarités, mais s'offre au silence. Secret, il apparait sans se dévoiler, et si l'on sent la présence de cabernet, les autres cépages sont assez indétectables, bien que présents. La finale est droite, longue, et le boisé est fondu. C'est un vin pudique, discret, mais malgré tout impressionnant, oui, de la race des Grands Vins.
On l'imagine sur des pièces de boeuf grillé, un bon gigot, du jambon cru, et à vrai dire, toute bonne cuisine classique.
Oui, il ressemble assez à ce que je l'avais vu, comme je l'avais vu : le noir du mystère, du silence, de la profondeur,  le brillant de l'intelligence vive, et cet aspect unique, cette personnalité à la fois attentive et posée, solide et fragile,  dont les yeux parlent plus que la bouche, cet or, qui le rend précieux et inaltérable. Ce goût spécial dans l'enfance, qui deviendra plus complexe avec l'âge. Longue Vie à BF, qui prouve que la singularité est parfois la meilleure voie.

samedi 19 novembre 2011

CLOS REDON 2001/DEGUSTATION DU 16 NOV. 2011

Les températures baissent, ca sent l'hiver, en deux jours. Une cuisine d'hiver ? pourquoi pas. Le hasard fut là, sous la forme de

Avec cela, que boire ??

Après réflexion, en ne fouillant même pas la cave, mais la main guidée vers une bouteille que je souhaitais mentalement, car dix ans, je tombe sur
2001 fut une année plutot sêche, nous avions alors un oenologue qui voulait des vins mûrs, je ne me souviens plus des parcelles de syrah, mais les vignes étaient rélativement jeunes, labourées, donc plutôt productives.
Au départ, le vin me séduit et me décoit à la fois. Il me séduit par son bouquet,ayant évolué,  le fait qu'il soit encore tres frais, bref que dans dix ou quinze ans, il sera encore tres buvable. Il ressemble à un chevreuse 1998, donc à un vin qui aurait été élevé en fûts, ce qui n'est pas le cas. Bref, frais, préservé, ayant bien vieilli, mais il semble aussi manquer de puissance par rapport aux éditions suivantes, plus concentrées, comme le 2003, et peut être de structure par rapport à un tres grand Vin, comme s'il était un peu dilué. Mais sur ce genre de cuisine, il est très agréable. Ce qui me surprend le plus, ayant bu ce vin sur trois jours, c'est qu'il se garde bien, qu'il évolue positivement, devient plus agréable, que son bouquet se complexifie. Sans doute aurait il fallu carafer ce vin avant de le servir !!! mais dans dix ans, oui, il sera encore intéressant.

OU SUR CE PLATEAU DE FROMAGES, typiques de la syrah, reblochon, cendré, et salers. VIVE LA FRANCE aux 365 sortes de fromages !!! vive la Gaule !!!

mardi 1 novembre 2011

MUSIQUE & VINS

Les émotions qu'on peut ressentir n'appartiennent pas aux mêmes espèces. Que je vois un paysage remarquable, grandiose, une fleur nouvelle, l'oeil se met en marche, et veut pénétrer les détails, pour saisir le maximum dans une sorte d'enveloppe, de baiser. Mais cela reste à la surface et n'agite pas l'âme. Le toucher quant à lui est plus discret encore, au contact d'une soierie et d'un lainage, cela en est presque rationnel, et concerne le travail bien fait. L'odorat quant à lui est souvent surpris, et il cherche dans sa mémoire une analogie. L'odeur des pins, de la vanille, des épices, de la muscade, des branches de cedres, des lis, de ce gâteau, voire des expériences de chimie, ou de ces sols de supermarché. L'odeur des couvents du passé, des fermes d'autrefois. Mais c'est une sensation qui s'impose malgré soi, qui vient de dehors, et n'émeut pas outre mesure. Tout au plus éveille t'elle un souvenir, un instant passé, un moment d'avant. Le goût quant à lui est plus suggestif, il demande de prendre conscience, de réfléchir, de chercher des analogies, et suivant le moment, le jour, l'endroit, le goût peut légèrement varier. En tout cas, on le sent en soi, quelque part il devient interne, part de soi, dans le présent. Mais le coeur ou le sentiment n'intervient pas, les émotions frémissent mais se maitrisent.
Le son quant à lui est très différent. Cela peut être celui d'une voix, d'une musique, et pour des raisons mystérieuses, notre coeur se met parfois au diapason, fortement et involontairement. Ce peut être la voix si spéciale de François Mauriac, parlant de Malagar, valant par les mots, les silences, et surtout le ton, le timbre lui même, ca peut être le Général, dans un discours et ses rythmes "un quarteron de généraux en retraite ...jusqu'au Francais, Françaises, aidez moi", qui tiennent certes à leurs auteurs, à une sensibilité disons programmée, et qui alors s'écoule. Mais on peut le retrouver dans un film, avec un acteur inconnu, mais c'est déjà plus rare. Cela ne tient pas au contenu lui même, au drame possible, car ca peut relever du comique, comme Bourvil dans "en revenant de la revue, gais et contents". Ce sont en quelque sorte des clés qui ouvrent en nous de multiples portes fermées, et pénétrent par leur magie.
La musique de Bach offre souvent cela, quand l'interprète est à la hauteur. Le Divin passe et apparaît, s'impose, s'incarne. Puis il y a ces musiques que nous ne connaissions pas, que nous entendons un jour par hasard, comme l'opus 34 de Brahms, comme l'Heroique de Beethoven, comme Wagner souvent, et qui vous broient , vous agitent, vous retournent, et témoignent d'une intense émotion, comme aussi des chansons de Piaf, ce qui montre bien que ce n'est pas une question de genre musical, et que tout le processus est mystérieux.
Parmi toutes ces musiques, justement, celle du site, accueil, fait partie de celles ci. Je l'entendis par hasard un jour de grande tempête, vers 17H20, et à 19 H, j'avais ce disque dont l'effet est le même, apres 100 ou 200 fois. Il s'agit de l'ALLELUIA, 2° morceau de la cantate 15 de BUXTEHUDE, maître de JSB. "Le Seigneur est avec moi", qui rejoint quelque part dans sa perfection le "Ich Habe genug" BWV 82 de JS B.

Quand mes vins seront capables d'inspirer un flot identique d'émotions, et de perfection, alors oui "Ich habe genug". Toujours est il que lorsque je fais des dégustations ou des assemblages à Mattes, j'ai souvent dans la tete une musique particulière, qui m'entraîne. Comme aussi en buvant un vin, un assemblage, on sent s'il est dans le ton. Il y a la musique du Chevreuse, un son spatial, qui serait entre violon et orgue, mais dont le ton est connu, qu'il faut retrouver, reproduire à chaque millésime, en essayant de l'améliorer.
Notre travail d'assemblage ne consiste qu'a combiner des sons, à faire justement qu'ils soient agréables, une belle attaque, une harmonie, pour se combiner et avoir une finale aussi longue et agréable que possible.Oui, le vin, c'est un diapason, pour l'essentiel. Le son du cristal............